Trilliums in Northern Ontario
Northern Ontario
 


 


 


Northern Stories - Émile Maheu

le nid de guêpe

Mon frère et moi avions installé un petit étalage dans la classe de notre école. Il s'agissait de petites bûchettes de bois, provenant de toutes les sortes d'arbre de l'arrondissement. Il y avait une bûche de sapin, d'épinette, d'aulne, de bouleau, de hêtre, de chêne, de merisier, d'érable, de cerisier, de pin, et de bien d'autres, pour ne pas toutes les nommer. Dans le coin gauche de la classe, notre institutrice, Mlle Éva Lachance avait fait clouer des tablettes et notre petit musée de bûchettes
- comme nous l'appelions - était bien à la vue. Mes soeurs, Victoire et Irène de leur belle écriture avaient identifié chaque bûche avec un petit carton blanc.
Notre étalage était devenu un petit bijoux dans l'école.
Un jour, d'automne, comme il faisait froid et qu'une petite neige tombait, la maîtresse nous avait permis la récréation de l'après-midi à l'intérieur. Nous avions une balle en caoutchouc et nous nous la lancions entre les rangées de pupitres chacun notre tour. Quand vient mon tour de lancer la balle, une fausse manoeuvre, un mauvais lancer et la balle frappe les bûchettes sur la tablette. Voilà les bûches qui dégringolent sur le plancher juste au moment où la maîtresse entrait dans la classe pour essayer de ramener à l'ordre, les élèves surexcités par les activités
Elle se dirige vers moi, m'attrape par une oreille, et me traîne en avant de la classe en m'ordonnant:
- Mets-toi à genoux puis ne bouge pas de là tant que je ne te dirai pas de te lever.
J'étais humilié et penaud je lui dis en pleurant:
- J'ai pas fait exprès. Je vais tout ramasser et tout remettre en place.
- Silence! Je ne veux pas de réplique; Tu vas demeurer à genoux et tu resteras après l'école.
La classe s'est terminée à 3h.30 et moi j'étais encore à genoux sur le bord de la tribune.
Les élèves étaient tous partis chez eux. Seules mes soeurs restaient dans le chemin à m'attendre.
La maîtresse revient dans la classe, elle tenait une règle de bois dans sa main et d'une voix sévère elle me dit:
- Tu vas apprendre à ne pas briser les belles choses que les autres font.
En disant ceci, elle me prend le bras et me dit:
- Ouvre la main.
Et je sentis la cuisante brûlure de la règle s'abatant sur ma main.
En pleurant encore plus fort je criai:
- C'est pas les autres qui ont fait ce petit musée-là, c'est moi et mon frère Joseph avec Mlle Éva Lachance il y a trois ans.
- En plus de ça tu oses répliquer et mentir, tiens!
Et pour la seconde fois je ressentis la douleur ,,,,,
- Je n'ai pas menti, c'est moi, mon frère et mes soeurs qui ont monté ce petit musée.
C'est vrai Mademoiselle.
- Je n'ai pas à écouter tes sornettes. Étends la main une autre fois.
Enfin elle me laissa aller et je rencontrai mes soeurs qui m'attendaient toujours au chemin. Quand je leur racontai en pleurant ce que la maîtresse m'avait faite, elles étaient révoltées.
À cet âge on oublie vite. Les jours suivants j'essayais de rentrer dans les bonnes grâces de la maîtresse, ne songeant aucunement à prendre revanche.

Un jour de la semaine suivante, après mon goûter du midi à la maison, je retourne à l'école en passant par le petit bois, affaire de vérifier les collets à lièvres de mon grand frère. Il fait froid ce jour-là et je ramène ma crémone sur mon visage. Tout à coup, j'aperçois dans la fourche d'une branche d'aulne, un beau nid de guêpe de la grosseur d'une pomme. Vite je m'empresse de couper la branche avec mon canif et j'apporte à l'école ce petit trophée que je présente à la maîtresse. Elle me félicite de mon initiative et m'assure qu'elle va faire une leçon à la classe sur l'importance des abeilles qui font du si bon miel, tout en propageant le pollen des fleurs. J'étais fier de moi et j'étais prêt à passer l'éponge sur l'aventure de la semaine précédente.
La cloche sonne et on entre en classe deux par deux. Je vois que la maîtresse a installé le nid de guêpes sur les étagères du petit musée avec les bûchettes et je suis fier de mon coup.
On commençait l'après-midi en récitant le chapelet et nous devions fermer les yeux durant cette prière. Pendant que nous étions à genoux, la maîtresse marchait d'un bout à l'autre de sa tribune tout en surveillant. Il faisait chaud dans la classe et le poële à deux ponts, au milieu de la pièce, ronronnait comme un gros matou.
À un moment donné, j'ai senti le besoin d'ouvrir un oeil. Quelle ne fut mon étonnement, de voir que sur le nid de guêpe, se promenait une abeille. Elle était grosse, elle était noire, elle était barrée! Tout à coup, la guêpe dégourdie par la chaleur de la pièce prend son envol autour de la classe. La maîtresse énervée faisait des gestes des deux mains. Probablement excitée par les mouvements, la grosse guêpe fonce sur elle et la pique à la paupière au-dessus de l'oeil gauche. La maîtresse criait et se lamentait.
- Vite quelqu'un, sortez ce nid de guêpes dehors!
Dans le temps de le dire la classe se vide. Tous les élèves avaient ramassé leur linge et se sauvaient à la maison. C'était un vendredi après-midi et la maîtresse, avec une paupière si enflée qu'on ne lui voyait plus l'oeil, partit pour la fin de semaine.
Mon frère et moi, avions pour travail de faire une attisée à l'école le samedi et le lendemain nous sommes retournés à l'école. Il faisait très froid à l'intérieur et l'abeille avait probablement regagné son nid. Nous avons retourné le nid dans le petit bois d'aulne et quand lundi arriva, on nous apprit que la maîtresse était malade. On avait congé pour deux jours.
Ma soeur Irène ne manqua pas l'occasion pour dire le mot juste de la fin:
- Toi tu ne te serais pas vengé, mais la guêpe l'a fait pour toi.

Souvenir de mon enfance. Automne1940. Par courtoisie, l'auteur ne révèle pas le nom de l'institutrice impliquée.




 

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